Les notions de "lieu architectural" et "lieu virtuel" (Bs Bravin)

Second life est un lieu mimétique, il n’est pas un espace de communication mais plutôt un espace dans lequel nous jouons à communiquer. L’architecture fait partie de ce mode de communication et c’est en ce sens que nous avons abordé notre travail sur Second Life.
Ce lieu (SL) permet de nouvelles formes d’expression ainsi que des espaces expérimentaux. Au-delà de l’absence de contraintes physiques -pas de gravité - qui limitent l’architecte dans le monde réel, Second Life permet d’intégrer dans l’architecture appartenant à ce monde virtuel images, musiques, vidéos et scripts permettant d’altérer l’espace. Une spécificité à ce monde virtuel est aussi que l’on se déplace en volant ou en se téléportant d’un lieu à un autre. Tout ce potentiel, s’il est pris en compte par l’architecte, permet une infinité de possibilités d’espaces et engendre de nouvelles relations spatiales.
Toutefois, Second Life ne permet pas aujourd’hui toutes les expériences architecturales présentes dans la vie réelle.
Second Life est à la fois un jeu et un réseau social. C'est un espace de rencontre où s'expriment les engagements sociaux et politiques de manière libre et internationale ; les débats, expositions, conférences, formations, recrutements, concerts, mariages sont des événements courants sur Second Life.
Il s’avère que l’architecture virtuelle ne se contente plus seulement de répliquer le monde réel. Dans Second Life, nous pénétrons dans un espace qui est plus qu’une simple métaphore de la réalité. Ce sont les deux à la fois, métaphore et réalité

« Il semble que partout où l’espace physique et l’espace médiatique se croisent ou fusionnent, de nouveaux lieux émergent. Je les appelle « Bastard Spaces », espaces bâtards. Par exemple, lorsqu’on met le casque de son lecteur mp3 et qu’on se promène dans la ville, l’espace va changer radicalement selon que vous écoutiez Bach ou du thrash métal. 
Même l’espace public est un espace bâtard. Il est largement une construction médiatique. Un espace n’est plus un espace s’il n’ est pas médiatisé. »
Nous ne pouvons nier, aujourd'hui de la présence forte du mot « virtuel », nous allons vers un monde ayant sa réplique virtuelle. Reste à savoir jusqu'à où irons-nous avec le virtuel., lui qui connaît aujourd'hui un succès grandissante grâce a Second life, les jeux vidéo virtuels, les simulateurs de vols....etc. Aujourd'hui, on essaie beaucoup sur le monde virtuel avant de reproduire sur le monde réel. Le virtuel est une sorte de neo-réalité et un outil d'intelligibilité du réel. C'est une sorte d'exercice de la vie. On y produit souvent ce qu'on n’ose pas produire dans le mode réel, on peut le penser comme « maquette ».Sur le plan architectural, le virtuel n'offre pas tous les ingrédients permettant de sentir un projet.
« L’architecture est plus qu’une expérience audiovisuelle, c’est quelque chose de tangible, de sensuel, où l’imagination, les souvenirs, l’odeur jouent un rôle. Ceci est exclu dans les environnements virtuels.»
Stephan Doesinger
Le virtuel est un lieu de représentation d'une nouvelle de voir le monde, une nouvelle manière de penser le monde et d'agir avec lui. Cependant, elle a des conséquences négatives c’est-à-dire le faite d'oublier la « parole », d'oublier l'être, en somme d'oublier le réel. Les progrès de la science et de la technique ont réduit le statut de l'homme qui se sent aujourd'hui inférieur. Mais irons-nous plus loin? Confier à ces machines même les activités purement humaines?

La réalité virtuelle est une simulation informatique immersive, visuelle, sonore et/ou haptique d’environnements réels ou imaginaires. La finalité de la réalité virtuelle est de permettre à une personne (ou à plusieurs) une activité sensori-motrice et cognitive dans un monde artificiel, créé numériquement, qui peut être imaginaire, symbolique ou une simulation de certains aspects du monde réel.
Certains font remonter l'expression à Antonin Artaud, dans le Théâtre et son double(1938), Artaud décrit le théâtre comme "la réalité virtuelle". L'expression est proposée à nouveau par Jaron Lanier en 1985 pour désigner un espace de représentation réaliste, tri-dimensionnel, calculé en réel, immersif. Du fait de l'originalité de l'expression, que l'on qualifie d'oxymore en raison de l'apparente contradiction entre les termes qui la compose, le mot virtuel est devenu dans les médias synonymes de «numérique et immatériel». L'anglais virtual est plus nuancé. Le terme signifie en effet « quasi ». En Parlant de Virtual Reality Jaron Lanier parlait probablement de « quasi-réalité ». La polémique sur la pertinence d'une expression qui est devenue un terme technique vient du fait que selon le dictionnaire français, « réalité » ne s'oppose pas à « virtuel » mais à « fiction ». De nombreux auteurs incluant Pierre Lévy et Gilles Deleuze ont rappelé que le contraire de « virtuel » est « actuel » et non « réel ». Le virtuel est donc bien une composante de la réalité, c'est selon Maurice Benayoun « le réel avant qu'il ne passe à l'acte » sous-entendu: avant qu'il ne s'actualise, introduisant ainsi l'idée d'un en-deça de la représentation qui précéderait son actualisation. L'expression Réalité Virtuelle ne peut donc systématiquement être considéré comme un oxymore.
L’image virtuelle doit être considéré comme une ouverture vers un monde « intermédiaire », mais pas comme une image du monde. Un monde « intermédiaire » dans lequel on peut rencontrer d'autres personnes.
Le « lieu virtuel », nous permet de travailler virtuellement en « groupware », il a des avantages plus importants par rapport à plusieurs techniques de communication dans les travaux collectifs. Le virtuel nous permet de comprendre l'idée que nous nous faisons du monde. Les mondes virtuels sont définis et composés par la pensée logico-mathématique. De là, tout ce qui peut être calculé, quantifié ou bien numérisé, peut être visualisé dans le virtuel. C'est le trait qui permet de relier le réel et l'imaginaire. Un proverbe le dit: « il y' a du réel dans le virtuel et du virtuel dans le « réel ».
Quant on réfléchit plus profondément sur la simulation virtuelle qu 'utilisent les militaires, on ressent souvent que le virtuel est plus « réel » que la réalité. On n'a pas souvent accès à cette réalité dans le monde réel, donc on là trouve dans le monde virtuel. Ce qui donne l'occasion de comprendre le monde réel par le virtuel.

« Les lieux virtuels possèdent certes une certaine réalité,une certaine spécialité, une certaines temporalités,mais ces catégories qui nous semblent aller de soi dans les contextes classiques perdent dans le contextes virtuels une partie de leur pertinence, de leur capacité à rendre la vérité des phénomènes. »
La planète des esprits, le virtuel: un état du réel

Le lieu ne peut être considéré seulement comme un simple emplacement, ou un endroit. Il faut une présence, qui pourra qualifier le lieu, le comprendre.

Aujourd’hui les villes européennes (qui représentaient les mémoires culturelles) sont des parcs à thèmes avec des supermarchés qui vendent tous les mêmes produits standard. Elles sont juste devenues des façades. 
Dans
Second Life, toutes les constructions et tous les personnages sont de pures surfaces de projections, ils sont couverts d’images ( Skins ), et deviennent des signes eux-mêmes. Si on parvient à accepter l’idée que la maison est une extension du corps, alors on ne peut qu’être excité par les nouvelles formes d’expressions et les espaces expérimentaux à l’intérieur de Second Life. L’idée, c’est que les architectures virtuelles ne soient plus un panneau publicitaire mais un scénario. Contrairement à l’architecture physique, l’architecture virtuelle n’est pas un « Genius loi », c’est une histoire.

Second life est un lieu mimétique, une maison de poupée, ce n’est pas un espace de communication, c’est un espace où l’on joue à communiquer, l’architecture fait partie de ce mode de communication. 
Mais s’il y a toujours les limitations techniques de ces programmes 3D et des graphismes moches, je persiste à penser qu’une nouvelle architecture est en train de se dessiner, qui ne restera pas sans conséquence pour le monde soi disant réel.

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